Les drames de l'Armen
La vie sur l’Armen n’a jamais été facile. Par gros temps, les éléments sont tellement déchaînés que le phare tremble et bouge. Cette vie a été jonchée par trois drames plus importants que les autres.
Le ravitaillement devait arriver tous les 10 jours, les 1er, 11 et 21 de chaque mois. En cas de manquement à ces dates, les expéditions devaient se rapprocher le plus possible d’elles afin de ne pas laisser les veilleurs sans provisions. Cependant, les hivers, les ravitaillements de l’Armen étaient délicats, rudes et dangereux. Ils étaient impossibles dans les ouragans, tourmentes et autres tempêtes, pourtant lot quotidien dans ce coin du monde. Le gardien de phare Fouquet attendit ainsi 3 mois et 10 jours la relève, ayant survécu en se rationnant cruellement, mourant à demi de faim, mais toujours fidèle à son poste devant la lanterne.

Le métier était particulièrement périlleux et les gardiens, qui, pour des raisons de sécurité n’étaient jamais seuls sur le phare, tombaient quelques fois à la mer, enlevés par une lame de fond. Ils purent toujours être secouru à temps, sauf dans le cas du gardien chef Plouzennec qui ne put être repêché à temps.
Le drame le plus significatif fut l’incendie de l’Armen. En décembre 1923, alors qu’une puissante tempête soufflait au-dehors, le feu se déclara dans la cuisine du phare. Les trois gardiens durent se réfugier dans la chambre de veille, mais le feu gagnant progressivement sur leur abri, ils furent prisonniers des flammes, l’escalier en colimaçon étant devenu impraticable. Ils furent sauvés par le fil du paratonnerre le long duquel ils se laissèrent glisser sur les quelques 30 m qui le reliait à la roche, dans les vents hurlants qui tentaient de les arracher à la tour pour les précipiter dans la mer déchaînée. C’est sous les assauts répétés des lames et des vagues d’une puissance inouïe qu’ils arrivèrent à forcer la porte fermée de l’intérieur et à rentrer dans la base du phare. Ils luttèrent toute la nuit et parvinrent à maîtriser le feu. Après avoir manqué de brûler vifs et d’être mainte fois noyés, les trois veilleurs étaient vivants. Tout le haut du phare avait brûlé et la lanterne était morte.